Ajout d'une nouvelle catégorie intitulée
Communication.
Dans cette rubrique nous évoquerons tout ce qui se rapporte à la communication.
On ne peut pas ne pas communiquer, qu'on le veuille ou non.
Cette découverte de P. Watzlawick est liée au fait que le comportement n’a pas d’opposé et que tout comportement est interprété par l’entourage comment une communication.
Il y a donc une
communication volontaire (liée à sa parole) et une
communication involontaire (interprétation du comportement)
A mon avis
la réussite des rapports humains se caractérises par la limitation de la communication involontaire pour la transformer en communication volontaire.
C’est le rôle de la parole de dissiper les malentendus, de donner du sens, de répondre à des questions.
Je pense qu’il est important de constamment donner du sens à nos comportements.
Pour cela, je vois deux pistes :
1. Toujours répondre aux questions des autres 2. Expliquer nos actes.
Répondre aux questions :
Dans notre vie quotidienne, nous sommes souvent sollicité et il est parfois difficile de répondre rapidement. Cette situation n’est pas satisfaisante car
l’absence de réponse peut être mal interprété. Par exemple, l’absence de réponse de l’unité informatique de mon service à une question simple que j’ai envoyée par mail entraîne chez moi les interprétations suivantes :ils ne me respectent pas, ils me méprisent, il ne sont pas intéressés par mes problèmes. IL aurait suffit d’un réponse d’une phrase tel que « Nous ne pourrons donner suite a votre demande avant 1 mois » pour que mes conclusions sur leur compte se dissipent.
Expliquer ses actes
Très souvent, des comportements naturels peuvent être interprétés comme hostiles parce qu’ils sont mal interprétés.
Aussi, à chaque fois qu’il y a ambiguïté, il ne faut pas hésiter à donner du sens à nos actes. Par exemple, le de part d’un invité au milieu d’un repas de famille peut provoquer les réactions suivantes : il ne nous aime pas, ils ne nous respecte pas, il est malade, il s’ennuie avec nous. Il aurait suffit que l’intéressé précise qu’il quitte la table quelques instants pour aller fumer une cigarette pour dissiper tout malentendu
Trop souvent, j’entends dire que la parole est source de conflits et qu’il faut éviter d’aborder certains sujets avec certaines personnes.
Ces propos me révoltent.
En aucun cas, la parole peut être génératrice de conflits, au contraire, c’est l’absence de parole qui provoque les tensions.
Vous allez me donner des exemples où des paroles ont crée des conflits. Je vous répondrai que ce n’est pas la parole qui est à l’origine du conflit mais le fait que les propos tenus sont incomplets ou incompris et que la situation mérite beaucoup plus d’information.
Eviter la parole n’apaise jamais les conflits, cela les entretient et les amplifie. Pour autant, lorsqu’on aborde un sujet délicat, ce qui est nécessaire pour apaiser une situation difficile,
il faut s’assurer d’avoir le temps et les moyens de donner toutes les informations nécessaires à la compréhension des positions des différents acteurs. Il faut aussi être disponible pour répondre à toutes les questions et impliquer toutes les personnes mêlées à la situation difficile pour qu’elles puissent s’expliquer. Il ne faut pas hésiter à provoquer une réunion, à demander à chacun des acteurs un texte expliquant son attitude.
Il ne faut jamais laisser interpréter nos paroles. Il faut s’assurer que son interlocuteur a bien compris nos propos par des questions et surtout l’inviter à lui dire tout ce qui lui passe par la tête pour pouvoir lui fournir notre réponse à ces fantasmes
Surtout,
il faut offrir une totale disponibilité pour répondre à toutes les sollicitations issues d’une prise de conscience désynchronisé de la révélation.
La parole ne crée jamais de conflit si elle est comprise et complète
Une métadonnée contient des informations caractérisant une donnée. On donc appeler métaparole ce qui caractérise la parole : le contexte, l’émetteur, le récepteur, l’environnement....
Le sens de la parole est contenu dans les mots prononcés mais sa signification dépend uniquement de la métaparole. La parole aura-t-elle la même signification si elle est prononcée par un ivrogne ou un représentant de l’autorité, entre amis ou en réunion, en vacances ou en situation de crise,…?
Les mots ne prennent leur signification que dans un contexte. Les mêmes paroles peuvent devenir anodines ou cruciales, amicales ou agressives, …..
Donner sa parole, c’est faire la promesse de tenir un engagement. C’est l’engagement le plus fort qu’un individu puisse faire. En fait, dans la vie quotidienne, le simple fait de dire à quelqu’un qu’on va faire quelque choses nous met dans l’obligation morale de réaliser cette chose. De nombreuses expériences en psychologie sociale ont confirmé cette constatation et des individus ont même fait des choses contraires à leurs principes parce qu’ils s’y sont engagés.
Dans ce contexte, la parole devient action.
Platon nous rapporte par l’intermédiaire de Socrate que Theuth inventaire de l’écriture a proposé son invention à Thamous régnant sur l’Egypte en lui vantant l’intérêt de posséder un moyen permettant de conserver la mémoire. Mais Thamous n’a vu dans ce nouveau média qu’une trahison de la pensée. Pour lui, la vérité est dans la parole et la matérialité de l’écriture la trahit. Même si les philosophes contemporains ne partagent pas la position de Platon, ils apprécient l’étude de ce texte qui soulève la question de la parole et de ses médias.
Au 18ème siècle c’est encore cette question qui a opposé Rousseau le « naturel » à Diderot l’ « Encyclopédiste ».
La parole est-elle la seule vérité et ses média des artefacts trahissant la pensée de l’Homme, certainement pas, mais on trouve dans la parole quelque chose d’unique et d’inimitable.
La parole oui, mais il y a aussi l’écoute : la capacité à prendre en compte la parole de l’autre. Le dialogue est basé sur la réciprocité. Notre parole nous apporte beaucoup mais celle de l’autre autant. Or écouter est très compliqué car cela demande du temps et implique de lâcher prise sur son raisonnement, sa logique, ses envies pour construire la parole à deux. Ecouter l’autre c’est accepté d’être amené dans des lieux inconnus et prendre le risque de voir ces paroles discutées. Mais c’est surtout le bonheur et la richesse d’élargir son point de vue et de découvrir des horizons merveilleux.
Ce matin, j’ai discuté avec un collègue qui m’a indiqué qu’il choisissait ces prestataires de services et commerçants en fonction de leur aptitude à le respecter par la parole. Il préfère marcher 20 minutes de plus pour déposer sa voiture chez le garagiste que d’aller chez un garagiste qui ne prend pas la peine de lui dire de patienter 5 minutes quand il doit patienter cinq minutes. Ce matin, le train de mon collègue avait 35 minutes de retard et le seul reproche qu’il fait à la SNCF c’est que le contrôleur ne les a pas tenus informés de ce qui se passait. Si ce dernier ignorait ce qui se passait, mon collègue se serait contenté d’un « Nous ignorons l’origine de la panne mais nous mettons tout en œuvre pour l’identifier ». On se rend compte que, dans des situations de crise, c’est souvent l’absence de parole qui rend la perception de la crise dramatique mais pas les événements eux-mêmes. Finalement, on ne reproche pas aux gens d’être imparfaits car personne n’est parfait mais de ne pas avoir communiqué. Les individus sont capables d’excuser beaucoup de choses mais ne comprennent pas pourquoi on ne les informe pas par quelques paroles rapides et gratuites.
Les jeunes de banlieue sont réputés violents mais les mots de certains responsables politiques ne sont-ils pas tout aussi violents ? Racaille, « individu méprisable », n’est-il pas un terme profondément violent ? Comment une jeunesse défavorisée, confrontée aux inégalités et dont l’avenir est incertain peut-il en plus accepter d’être méprisé par un homme politique ? La violence est impardonnable et il n’est pas question de la tolérer sous quelle forme que ce soit. Aussi, j’exprime mon désaccord avec des jeunes qui brûlent des voitures mais également avec les politiques qui utilisent la violence verbale. Comment des paroles peuvent-elles faire diminuer la violence alors qu’elles mêmes sont violentes ?
Eteint-on un feu avec de l’essence ?
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