Ma dépression

Mardi 26 juillet 2005
Dans mon blog, je vous parlerai de la dépression dont j'ai souffert pendant 10 ans et de laquelle je suis enfin sorti.
Je ne souhaitais pas parler de moi dans mon blog mais je pense qque la description de certaines choses que j'ai vécues pendant ma dépression est très intéressante pour vous. Par ailleurs , beaucoup de mes idées pensées et croyances ont pris corps dans l'expérience de ma dépression . Il est nécesaire de vous faire part de ces expériences pour  que vous saisissiez  mon propos.
 La parole  est  certainement au coeur de ma dépression  et je vous exprimerai comment son absence a provoqué une crise aigue chez moi.

Par jemexprime
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Mercredi 27 juillet 2005
Je tiens à apporter une petite précison : Je suis heureux.

J'ai une femme extraordinaire. Elle écoute avec attention ma parole. C'est un réconfort  immense que de savoir que je peux lui parler de tout ce que je ressens. Elle m'apporte beaucoup d'affection. Avec elle, je découvre aussi une autre culture car elle est née et a passé le plupart de son existence à l'étranger.

Je suis en bonne santé. Mes seuls soucis étaient d'ordre psychologique. Je suis désormais guéri. Je ne prends plus de médicament. Tout va bien chez moi.

Je me sens bien dans ma famille. Mes relations sont bonnes avec tous les membres de  ma famille.

J'ai quelques bons amis. Ils sont rares mais précieux.

J'ai un travail très intéressant. Je suis ingénieur dans la fonction publique. C'est passionnant c ar je peux participer à la modernisation de l'Etat.

Je n'ai  pas de difficultés financières. Mon salaire est modeste mais largement suffisant. De toute façon, Je n'ai aucun besoin matériel.


Je profite pleinement de chaque instant. La vie est un cadeau de chaque instant. Je ne fais aucune activité déplaisante. Même les tâches ménagères me réjouissent car je sais que je contribue au bonheur de mon foyer. Chaque moment vécu est un bonus pour moi.  Ma vie n'est que bonheur. Je n'ai pas de problèmes mais des choses à améliorer. Ma vie est passionante.

Je tenais à vous apporter cette précision pour que vous compreniez que  mon blog n'est pas un blog de souffrance. Il ne répond pas à une douleur interne.Ma parole n'est pas synonime de pathologie mais  de bien être.  J'ai besoin de parler mais ce besoin n'est pas névrotique mais lié à une énergie de vie.

C'est vrai que j'ai beaucoup souffert au cours d'une dépression douloureuse. Mais je veux que les choses soient claires, ma souffrance est passée. Quand je parle de ma dépression, ce n'est pas pour vous amener sur le terrain du pathos et pour provoquer de l'empathie à mon égard. J'évoquerai mes soufrances passée uniquement si elle enrichissent ma démonstration par l'exemple. Je vous exprime mon bonheur également pour rassurer les personnes en dépression : il y a une vie après la dépression.

Mon blog est un blog de vie.





Par jemexprime
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Samedi 6 août 2005
Saba me demande l'origine de  ma dépression.

Je n'en ai aucune idée. Dans le passé, j'ai émis des hypothèses mais je me rends compte qu'elles n'étaient pas bonnes.

En revanche, j'ai compris que le centre du problème était la parole et  qu'il était désormais vital pour moi de m'exprimer.

J'ai sombré dans la dépression car je n'avais aucune parole, je ne m'exprimais pas, je ne faisais pas part de mes besoins, ni de mes attentes, ni de mes souhaits.

Je ne m'exprimais pas parce que je croyais qu'il fallait être compétent pour donner son avis, parce que je croyais que ma parole n'avait aucune valeur, parce que je voulais être aimé et avait peur  que ma parole soit jugé.

J'avais indéniablement un énorme problème de confiance en moins et grand besoin d'amour qui me rendait la parole difficile.

Ce problème de parole était entèrement lié à moi même car j'ai toujours eu une vie sociale riche avec une famille proche,  et de nombreux amis.

Il existe certainement des explications dans mon enfance mais je les ignore. J'ai une enfance heureuse et ne pense pas avoir eu de traumatisme  psychologique (en tout cas je les ignore).

Quand la dépression s'est abattue sur moi, je n'avais aucune raison d'être malheureux :
- j'avais une famille proche chez qui tout allait bien
- j'avais plein d'amis
- j'étais en parfaite santé
- j'étais brillant élève en école d'ingénieur
- j'étais éléève fonctionnaire donc rémunéré pour faire mes études
- j'avais un emploi de fonctionnaire intéressant garanti après les études
- j'avais de nombreuses activités et loisirs (organisation de concerts, cinéma, guitare)
- j'avais de nombreux centre d'intérêt  (musique et concerts)
-  je faisais beaucoup de sport  (planche à voile, judo, snowboard, surf des mers, roller)
- je voyageais beaucoup.

Mais il me manquait l'essentiel : la parole (et certainement aussi l'amour mais les deux sont liés car on ne peut pas être aimé sans parole et  l'amour facilite la parole).

Il est très difficile de sombrer dans la dépression alors qu'on a apparemment aucune raison d'être malheureux car on ne comprend pas ce qui nous arrive. J'ai énormément souffert sans en connaître la cause et donc sans avoir aucune certitude sur la guérison et les moyens d'y parvenir. J'ai vraiment  subi ma dépression sans comprendre ce qui m'arrivait. La guérison est une très lente prise de conscience qui a duré pour moi 10 ans.  La première étape qui consiste à  accepter d'être en dépression a duré 3 ans. Trois longues années au bout desquels j'ai enfin acheté un livre sur la dépression. Mon chemin a été très lent et long mais je pense que c'était un passage nécessaire  pour un bien être définitif.

Au cours de la Formation prise de parole en public de Stéphane Hoppenot, j'ai compris que la raison de ma dépression était mon absence de parole et que mon bien être passait par la parole. Cette prise de conscience  a été le résultat d'une analyse de  5 ans et de la rencontre avec ma femme, première personne à m'écouter.






Par Rico
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Dimanche 7 août 2005
Je viens de faire une modification dans l'article 'Je suis heureux' posté le  27/07/05.

Je disais vouloir rassurer les dépressifs par l'exemple de ma guérison.

J'ai remplacé dépressifs par personne en dépression.

En dépression on n'est pas un dépressif, on est un individu singulier qui souffre d'une pathologie et qui guérira.

On n'est pas sa maladie, on est malade.
Par Rico
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Jeudi 11 août 2005
Merci Saba pour ton témoignage (http://maparole.over-blog.org/article-630371-6.html).

Saba a écrit
« Saches que je serais heureuse de te lire. »
Tu annonces que tu seras heureuse de lire le récit de ma dépression et c’est une raison qui me motive à vous faire part de mes années de souffrance sur notre blog. Je souhaitais me limiter à quelques points particuliers de ma dépression qui illustrent la difficulté de parler mais ta demande m’a fait changer d’avis.

Saba a écrit
« N’hésites pas a parler de ta dépression, ca soulage de parler, toi même tu sais (c'est la raison du blog !). »
C’est vrai que c’est toujours essentiel d’écrire, en particulier pendant les moments difficiles Pendant longtemps, je n’ai pas écrit mon mal être. Mais à la fin de ma dépression, pendant la période la plus douloureuse, j’ai tenu un journal personnel alimenté quotidiennement pour exprimer mon ressenti et tout ce que je souhaitais écrire. Cet  exercice m’a fait beaucoup de bien.
A partir d’avril 2005, convaincu que j’étais définitivement sorti de ma dépression, j’ai commencé l’écriture du récit de ma dépression. Je ne sais pas vraiment ce que ça signifiait. Je pense que je ne voulais pas oublier cette période difficile de ma vie. C’était également pour moi une façon de signifier mon retour au bonheur en mettant ma souffrance par écrit. Je voulais tourner la page ,au sens propre et figuré, et pour cela, il me fallait commencer par écrire ces pages. Pour moi, donner le récit de ma  dépression à la lecture des autres, c’était me débarrasser définitivemnt de mon ancienne souffrance. Je comptais diffuser mon récit à mes proches et aux médecins qui m’ont aidé.
Je n’ai pas consacré assez de temps à ce récit et il n’est donc pas terminé. Il faut dire que ce n’est pas motivant de remplir  des pages  sans être lu ni  avoir de retour : un blog c’est interactif donc beaucoup plus stimulant. Notre blog sera l’occasion pour moi de terminer le récit et ma dépression de m’en débarrasser définitivement en vous le faisant lire. C’est symbolique mais tellement utile pour moi.
Dans mon livre, je souhaitais compléter le récit de ma dépression par des conseils aux personnes en dépression et à leur entourage et par une partie sur mes théories apprises par la dépression. Notre blog sera l’occasion pour moi d’aborder ces points avec vous.

Rendez vous le 17/08/05, pour le début du récit de ma dépression
 
Par Rico
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Mercredi 17 août 2005
Je suis paisiblement assis devant la télé, la femme que j’aime dans mes bras, décontracté et profitant simplement du moment présent. Ma situation peut vous sembler anodine mais elle revêt pour  moi un caractère exceptionnel car cela fait très longtemps que j’ai oublié comment le quotidien peut être agréable. Je retrouve enfin les saveurs que j’avais perdues il y a bien longtemps. C’est merveilleux et je mesure la chance que j’ai d’être enfin sorti de ma dépression.


Car c’est bien de cette terrible mais au combien commune maladie qu’il s’agit. Si les statistiques me considèrent comme un malade de plus victime de cette pandémie, il s’agit pour moi d’une expérience douloureusement unique qui m’a marqué au plus fond de mon être.

Désormais sorti de cette longue crise, je souhaite tourner la page et reprendre enfin une vie ordinaire. Mais, pour tourner la page, il faut que je couche sur papier cette période. C’est  ce que je commence à faire aujourd’hui en écrivant l’histoire  de ma dépression.

Je vais donc pour vous, mais surtout pour moi, réunir dans ma mémoire les  souvenirs qui me permettront de vous conter ce  dont j’ai souffert. Je ne ferai pas le récit systématique de cette période mais relaterai seulement  les instants pénibles dont je me souviens. Mon récit sera certainement déséquilibré, désorganisé mais il retracera fidèlement ce que j’ai ressenti pendant ces dix ans.
J’entame ainsi la fin de ma thérapie en vous léguant le lourd fardeau que j’ai porté pendant trop longtemps. Vous en ferez ce que vous voulez, l’important étant que je m’en sois débarrassé

Suite le 24/08/05, je vous dirai comment j'ai vécu mon énfance.
Par Rico
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Mercredi 24 août 2005
Je vais commencer par le commencement c’est à dire par vous dresser un bref portrait de l’enfant et de l’adolescent que j’ai été. Ce que je veux que vous saisissiez, c’est qu’à priori, rien ne me prédestinait à basculer de l’autre coté, du coté des personnes en dépression.
Jusqu'à vingt ans, je suis heureux. J’ai une famille formidable avec des parents aimant dans une fratrie unie. Je suis très social et possède de nombreux amis fidèles puisque des camarades de classe que j’ai rencontrés en sixième au collège me sont encore proches. Je fais du sport dont le ski, le kayak, le VTT, le ping-pong et le judo dont j’arborerai fièrement la ceinture bleue en terminal. Je passe mon enfance et adolescence dans un petit village de 400 habitants isolé dans la montagne. Certains diront qu’on s’ennuie tellement dans ce trou perdu qu’on devient un travailleur acharné ou un délinquant. J’ai basculé dans la catégorie des élèves studieux. Les premières années de  collège sont difficiles puisque mon labeur n’est pas immédiatement récompensé mais à partir de la quatrième je me place invariablement au premier rang dans toutes les matières à l’exception de la musique et du français, matière dans laquelle je suis inexorablement moyen. Je suis très satisfait de cette position de premier de la classe et mes succès scolaires vont alimenter ma volonté de conserver cette position. Je ne me considère pas comme une personne douée mais comme une personne suffisamment organisée pour acquérir les connaissances nécessaires à la réussite. Dès la quatrième, mon professeur de mathématiques me destine à devenir un brillant élève en classe préparatoire scientifique. Je ne comprends pas vraiment ce que cela signifie mais j’y vois des perspectives encourageantes. Ce n’est pas parce que je suis premier de la classe qu’on ne m’apprécie pas, en témoigne mon élection comme délégué de classe en troisième et seconde. J’intègre la première S et la terminale C avec les félicitations des professeurs. De peu je rate la mention très bien au BAC, avec 15,65 de moyenne. Les années passant, je me fais de plus en plus d’amis tout en restant fidèle au socle solide d’amis que je j’ai rencontré au collège. Il deviennent et restent jusqu’à aujourd’hui mes amis de ma région.
Je ne fais pas de crise d’adolescence et ne révolte ni contre mes parents, ni contre ma famille. Je suis un jeune homme ordinaire  et modéré qui ne boit ni ne fume. Je n’ai aucune difficulté psychologique et les seules questions que je me pose sur la vie sont suscités par la lecture et l’analyse de la peau de chagrin de Balzac en classe de première. Faut-il vivre de manière passionnée comme Rastignac au risque de voir sa peau de chagrin diminuer ou raisonnablement plus longtemps. Je suis convaincu que j’arriverai à concilier les deux
A 18 ans, je suis un homme heureux prêt affronter le monde et c’est avec cet esprit conquérant que j’intègre Math Sup. Je m’adapte facilement à mon nouvel environnement et continue à travailler studieusement dans l’internat. Je conserve ma place de premier en maths, physique et dessin industriel et  passe donc en M’.

Suite le 31/08/05, où je ferai le point sur mes névroses enfantiles

 
Par Rico
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Mercredi 31 août 2005
Quitte à le répéter encore une fois, je suis heureux jusqu’à 20 ans. C’est donc bien plus tard que j’identifierai que je présentais  quelques signes d’une fragilité latente . Tout d’abord de suis anxieux. Dès l’école primaire, mon instituteur me catalogue comme tel. Je ne saurai dire de quoi j’ai réellement peur mais le fait est que je crains que les choses ne se déroulent pas comme je le souhaite. Cela se manifeste principalement dans le domaine scolaire où l'échec m'angoisse. En fait, c'est ce qui me pousse à travailler à l'école. A l'approche d'un test, je consacre tout mon temps libre à réviser. Une fois l'épreuve passée, l'attente du résultat est insoutenable et je m’attends au pire. Je fais souvent des cauchemars pendant cette période. La remise des copies se révèle également un moment pénible.
Je fais de plus en plus de sacrifice pour réviser avant les interros : je ne vais pas au judo, je ne sors pas chez des copains. Jusqu’à présent, mon angoisse n’est pas préoccupante au sens pathologique du terme. A partir de la terminale, mes relations sociales en pâtissent puisque ma priorité devient la réussite scolaire. J’ai toujours de nombreux amis mais je suis de moins en moins bavard. C’est d’ailleurs pendant cette période que je vais pour la première fois consommer des anxiolytiques. Grave erreur !  J’en garde un très mauvais souvenir car il ont eu effet inhibiteur dont je me suis rendu compte par la suite. Pas encore adulte, je suis déjà consommateur de psychotrope, réellement drogué par ces quelques gouttes rouges dont je ne rappelle plus le nom.
En maths sup, j’arrête les anxiolytiques mais la peur de l’échec entrave mon épanouissement. Mon unique et immense plaisir vient de la satisfaction que j’ai à conserver le premier rang. Pourtant, à cet instant, je suis toujours un jeune homme équilibré, social et heureux.
Un autre signe de ma fragilité est l’incapacité à être satisfait de mes prestations intellectuelles. Même si j’obtiens toujours finalement la meilleure note, je suis inexorablement convaincu que j’ai échoué. Chaque interrogation est un drame que je fais partager à mes parents et à mes amis qui finissent par ne plus me croire au vue de mes résultats.
Par ailleurs, mes résultats scolaires devenant peu à peu l’unique source de mon bonheur, je deviens de plus en plus exigent et il m’arrive d’être déçu mélancolique, voire légèrement dépressif lorsque je ne suis pas le meilleur dans toutes les matières.

Suite le 07/09/05, où je vous dirai comment j'ai basculé de l'autre coté
 
Par Rico
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